L'engagement de Minga dans le Printemps
Par Collectif du Printemps, lundi 16 mars 2009 à 15:46 :: Edition 2009 :: #119 :: rss
Depuis 1999, Minga a toujours défendu l’idée que la recherche d’une cohérence entre le dire et le faire était la seule manière d’élaborer un projet de société à caractère démocratique. L’examen des pratiques professionnelles (la manière dont on travaille, vend, achète ou consomme) alimente le contenu d‘un projet de société et réciproquement. Séparer les valeurs des pratiques est le chemin le plus rapide et le plus facile pour maintenir l’ordre social actuel.
Pour les membres de Minga, le commerce équitable est un moyen, parmi d'autres, de travailler le contenu d’un projet de société avec les parties prenantes d'une filière commerciale (et non à leur place) et plus largement avec l'ensemble d'une société.
Malgré des injustices sociales de plus en plus criantes un peu partout dans le monde, malgré une dégradation souvent irréversible de l'écosystème à cause de l'activité économique, jusqu’il y a encore deux ans, le débat sur le modèle économique était figé par une chape de plomb, tellement la pensée unique était prégnante dans toute la société. Un discours soit disant « pragmatique », mâtiné de paternalisme (« le producteur des pays du Sud est certes défavorisé mais jamais exploité »), s'était développé, laissant croire que le marché pouvait s'autoréguler (avec des logos), par la seule volonté du consommateur. Pour ces « pragmatiques », puisque le capitalisme est un horizon indépassable, le terme lui même devait disparaître. L'économie est donc pour eux un domaine réservé aux experts ou aux prophètes ; l’engagement est considéré comme une posture de communication.
Dans ce contexte, l’opération de sensibilisation la Quinzaine du Commerce Equitable est rapidement devenue, pour les grandes enseignes de la distribution, une action promotionnelle de plus autour d'un logo. Face au rouleau compresseur des industries du marketing qui transforment un engagement politique en produit symbolique, qui dissocient les moyens des finalités, nous avons été marginalisés, n’ayant pas le millième de leurs moyens pour nous faire entendre. C'est donc tout naturellement que nous avons initié, avec d'autres, le « Printemps pour une économie équitable », car c'est bien pour nous le modèle économique que nous questionnons à travers nos engagements professionnels.
Aujourd'hui, alors que la récession économique mondiale évolue en dépression, qu’aucun des grands experts ne sait comment conjurer le sort, il ne s'agit plus seulement de résister mais de participer à la construction d'un nouveau modèle économique.
Dans cette situation, le « Printemps pour une économie équitable » est un moyen d'accélérer les liens, de construire des passerelles, d’élaborer pour l’avenir des imaginaires optimistes afin de sortir du registre de la dénonciation aussi légitime soit-il. Le Printemps est un moyen de renouveler les modes d’engagement afin que nous soyons tous plus ouverts, plus apprenants sur ce qui se joue aujourd’hui dans les sociétés d’ici et d’ailleurs.
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