Edition 2008 - Conférence de presse 22 avril: Intervention de Bernard Marrey, Président de Minga
Par Collectif du Printemps, mardi 29 avril 2008 à 18:30 :: Edition 2008 :: #37 :: rss
Le président de Minga, Bernard Marrey, représentait l'association lors de la conférence de presse du Printemps pour un commerce équitable ici et ailleurs, mardi 22 avril. Si vous étiez absent à cette occasion, retrouvez ici l'intégralité de son intervention.
" Minga, vous le savez sans doute maintenant, est une association de commerçants qui vivent de leur travail en ayant une démarche vers un commerce équitable et une économie plus juste.
Si nous avons choisi d’axer, cette année, notre campagne, sur la grande distribution, c’est parce que nous avons été particulièrement choqués par un certain nombre d’évènements récents dont je retiendrai plus particulièrement trois.
Que penser d’une entreprise qui annonce deux milliards de bénéfice pour l’année écoulée et qui, dans le même temps, refuse aux salariées de l’un de ses centres une légère augmentation de leur ticket repas, les contraignant à une grève de seize jours pour finalement concéder une hausse de 45 centimes, le dit ticket passant de 3,05 € à 3,50 €.
Précisons que le salaire de ces salariées se situe entre 850 et 1 000 € par mois pour une trentaine d’heures hebdomadaires imposées, la quasi-totalité de ces salariées souhaitant travailler plus et surtout à des horaires fixes et non fragmentées. Mais précisons aussi que, magnanime, la direction a accepté d’étaler la perte de salaire de ces seize jours de grève sur quelques mois…
Que penser d’une entreprise qui propose des jeans à 20 € certifiés sans main d’œuvre enfantine, quand on découvre que ces pantalons sont découpés et cousus dans des usines du Bangladesh n’employant bien sûr que des femmes, 13 à 14 h par jour, sept jours sur sept pour un salaire de misère ? Que le coton provient d’Ouzbekistan, pays vivant sous la férule d’une dictature implacable qui ferme toutes les écoles du pays pendant tout le temps que dure la récolte du coton, moyen simple et très efficace pour contraindre tous les enfants à participer à la récolte ?
Que penser enfin d’entreprises qui s’installent sur le territoire des communes en contrevenant aux lois de la République, sont condamnées en justice, mais poursuivent leur activité en toute illégalité avec la bénédiction du Gouvernement qui – alors que les caisses sont vides, nous dit le président de la République – ne réclame pas les amendes auxquelles ces entreprises sont condamnées : à l’heure actuelle, 4 milliards d’euros ; excusez du peu.
Que penser enfin quand ces entreprises incitent à (citations) :
- « consommer de façon citoyenne »,
- « participer à l’effort de démocratisation du commerce équitable »,
- « prendre un petit-déjeuner équitable tous les matins, c’est agir pour plus de solidarité ».
La dite société n’est aucunement gênée pour faire dans la foulée la promotion des agrocarburants (qualifiés de bio) dont le développement est une des causes de l'envolée des prix des denrées alimentaires.
Nous vivons dans une société libérale ou capitaliste selon la terminologie que l’on adopte. Le vent (chez les économistes, les hommes politiques) est toujours à l’économie de marché. Soit. Il existe cependant des entreprises capitalistes, petites, moyennes et grandes, qui paient correctement leur personnel et respectent grosso modo les lois en vigueur. Sans être un spécialiste de l’économie ni de la législation du travail, je ne pense pas qu’il existe beaucoup d’entreprises de production ou de service qui puissent longtemps poursuivre leur activité en marge des lois et même en leur contrevenant ouvertement.
Seule, la grande distribution le fait.
Comment cela peut-il se faire ?
Très habilement, ces entreprises et, à leur suite les gouvernements et les médias, ont matraqué et matraquent qu’il fallait acheter moins cher, acheter malin, et que seules, elles étaient capables de le faire, faisant semblant d’ignorer qu’en faisant baisser les prix à la production, voire en les cassant, elles réduisaient fatalement le pouvoir d’achat des producteurs quand elles ne les contraignaient pas au chômage. Et qu’en multipliant l’offre de produits inutiles et le plus souvent de qualité inférieure, elles contribuaient à l’appauvrissement des consommateurs.
Le problème – facile à poser, mais plus difficile à résoudre – est de donner à chaque produit un juste prix, c’est-à-dire un prix qui permette à ceux qui le produisent de vivre correctement et de ne pas les transporter d’un bout du monde à l’autre quand ce n’est pas nécessaire. Que l’Europe importe du thé, du café et des bananes, bien sûr. Des fraises, des haricots verts ou des roses en janvier, non. Surtout quand on sait que ces monocultures se font aux dépens des cultures vivrières dont vivaient les paysans du cru. Acheter du riz « équitable » en provenance de Thaïlande, quand on sait que les rizières de ce pays sont gardées par la police contre une population affamée, nous renvoie des questions lourdes à la figure.
Si déjà les Français prenaient conscience de l’immense gâchis, humain et matériel, auquel ces entreprises conduisent, un grand pas serait fait.
Mais même si les solutions ne sont pas simples étant donné l’omniprésence de ces entreprises – Mammouth n’écrase pas vraiment les prix, mais il a sûrement écrasé le réseau des petites entreprises qui faisaient la vie de nos cités et de nos villages – il y a des solutions.
Les Amap en sont une. On peut imaginer aussi, dans le domaine alimentaire – le plus vulnérable -, que les Communes, les Départements, les Régions gèlent des terres à proximité et facilitent l’installation de maraîchers qui pourraient alors vendre aux citadins des produits qui soient vraiment du terroir à des prix relativement réduits puisque sans frais de transport.
Peut-être ne seraient-il pas ranger dans les cageots comme des boutons de culotte sur un présentoir ni briqués comme des sous neufs, peut-être même auraient-ils un peu de terre, mais sûrement, ils auraient du goût. De toute façon, la hausse prévisible du prix du pétrole nous y contraindra à bref ou moyen terme.
Et, qu’ils soient vendus en boutique ou sur les marchés, ils redonneraient vie à nos villes et à nos villages. Avez-vous remarqué que, lors des campagnes électorales, les candidats ne hantent pas beaucoup les grandes surfaces, mais arpentent – toutes tendances confondues – les marchés là où il en reste ? Il doit y avoir une raison. "
Bernard Marrey, Président de Minga, 22 avril 2008
Commentaires
1. Le lundi 28 avril 2008 à 13:57, par Jul
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